mercredi 17 février 2010

Monty Alexander & Ernest Ranglin - Rocksteady (2004)

Date de sortie :
01/03/2004

Label :
Telarc

Tracklist :
1. Double Barrel
2. Confucius
3. Stalag 17
4. Marcus Garvey
5. NighT.O.K
6. East of the River Nile
7. Israelites
8. Row Fisherman
9. Freedom Street
10. Pressure Drop
11. At the Feast
12. Redemption Song

Chronique écrite par Sébastien Jobart

Figures emblématiques du reggae-jazz, le pianiste Monty Alexander et le guitariste Ernest Ranglin se retrouvent sur ce Rocksteady, où ils revisitent quelques uns des morceaux les plus célèbres du reggae. Une indéniable réussite.

Rendre hommage au reggae tout en s’affranchissant de ses contraintes : Monty Alexander et Ernest Ranglin s’acquittent de cette tâche depuis de nombreuses années. La réunion des deux jazzmen sur ce Rocksteady, si elle n’étonnera personne, en réjouira beaucoup tant leur réputation n’est plus à faire. Guitariste, arrangeur (notamment sur le Easy Snappin’ de Teophilous Beckford), directeur musical et découvreur de talents à Studio One, Ernest Ranglin est un pilier de l’histoire de la musique jamaïcaine. Monty Alexander, lui, a quitté l’île à 17 ans. Parti à la conquête de l’Amérique, il n’a pourtant jamais oublié son origine jamaïcaine, la revendiquant à coup d’albums ponctuels (dont l’indispensable "Stir It Up") et en concert, où il ne manque jamais de jouer des chansons de Bob Marley.

Leur premier effort commun, "RAS", au début des années 70, avait scellé l’union du jazz et du reggae, réitérée avec "Jamento" en 1978. Trente ans après, "Rocksteady", dédié à la mémoire du saxophoniste Roland Alphonso, se penche lui sur des titres emblématiques du reggae. Des classiques à la pelle, mais aussi des morceaux moins évocateurs tels que NighT.O.K ou At the Feast. L’album couvre une large période, démarrant avec Double Barrel de Dave et Ansel Collins pour s’achever sur le quelque peu anachronique Redemption Song, et s’attardant essentiellement sur les années 60 et 70. On appréciera ainsi les reprises de Israelites, Marcus Garvey, tiré de l’album éponyme de Burning Spear, East of the River Nile (Augustus Pablo), Pressure Drop (Toots & the maytals), ou le superbe Stalag 17. Autant de riddims légendaires qui n’intimident pas le moins du monde les deux musiciens. Au schéma directif et inamovible du reggae, ils répondent par des envolées de jazz, des improvisations foudroyantes, des ruptures et autres variations de rythme. Car le contre-temps, inévitable, n’est ici que la toile blanche sur laquelle viennent se dessiner les interventions des deux musiciens, qui font ainsi exploser le carcan reggae.

« happy feeling »
Enregistré en seulement quatre jours à New-York, le superbe résultat de l’album doit beaucoup à la complicité des deux hommes. Familiers des sessions d’enregistrement à Studio One, ils jouent en une prise, refusent les overdubs et le montage. Israelites est l’une des nombreuses perles de l’album. Sur la reprise du premier hit reggae international qui propulsa la carrière de Desmond Dekker, le piano et la guitare se relaient, se répondent, et se lancent des défis. La ligne de basse et le skank hypnotique de Row Fisherman permettent aux musiciens de dévoiler toute l’étendue de leur technique. Sur Stalag 17, la basse à l’origine si écrasante perd de sa puissance au profit du piano méditatif de Monty Alexander. Exception notable, Toots Hibbert est invité sur la reprise de Pressure Drop, pour l’unique morceau chanté de l’album.

L’enthousiasme des deux jazzmen à reprendre ces célèbres riddims est communicatif, et le « happy feeling » cher à Monty Alexander est bel et bien présent. Avec sa remarquable pochette qui fait écho à cette époque où tous les artistes jamaïcains, gavés de westerns hollywoodiens, reprenaient les noms et les attitudes des héros de l’Ouest, "Rocksteady" est indispensable pour tout amateur de roots. Mais il est surtout l’occasion de découvrir une nouvelle face de la protéiforme musique jamaïcaine.

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